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Mona Chollet, je l’ai découverte lors d’un épisode du podcast La Poudre dédié aux sorcières. Maîtrisant son sujet au point d’y avoir consacré un ouvrage, elle expliquait pourquoi ces femmes aux étonnants pouvoirs sont nécessaires à la société. Ce thème atypique m’a donné envie d’en savoir plus sur cette auteure qui en plus d’être journaliste et cheffe d’édition au Monde Diplomatique a produit de nombreux essais féministes. Beauté fatale est l’un d’eux. Cet essai s’interroge sur les nouveaux visages de l’aliénation féminine que sont le culte de la minceur, l’hypersexualisation des fillettes ou encore la banalisation de la chirurgie esthétique… Notre société de l’image qui pousse les femmes à n’exister qu’au travers de leurs corps et à les rendre anxieuses de leur image n’est-elle pas une forme de subordination supplémentaire ?  Et comment ces processus se mettent-ils en place au travers de la culture de masse (publicité, séries télévisées, réseaux sociaux etc.) ? Deux questions pas évidentes me direz-vous… Il fallait bien un essai extrêmement documenté de près de 300 pages pour y répondre.

De la magie flotte autour de nos modestes carcasses. De cela, beaucoup ont l’intuition. Naomi Wolf parle de ce rayonnement que chacun peut observer chez les autres : « Certains le verront dans la sexualité d’un corps ; d’autres, dans la vulnérabilité, ou dans l’humour. Il émane souvent du visage de quelqu’un qui raconte une histoire, ou qui écoute intensément. Beaucoup ont remarqué comment l’acte de création semble illuminer les gens, et ont noté que ce rayonnement enveloppe la plupart des enfants – ceux à qui on n’a pas encore dit qu’ils n’étaient pas beaux. » Et, pourtant, cette aura n’a pas de réalité officielle : la société « en limite sévèrement la description ». On l’accorde aux mariées et aux jeunes ou aux futures mères, c’est-à-dire uniquement à celles « qui font don de leur corps à un homme ou à un enfant », et on la refuse aux hommes.

Il m’a fallu un peu de temps pour rentrer dans cet ouvrage et m’habituer au style très universitaire de l’auteure qui énumère des faits pour en tirer des conclusions. Les notes de bas de page sont légion et cela nuit parfois à la fluidité de la lecture. Cependant, après un ou deux chapitres, on se laisse tant absorber par le propos qu’on en  oublie le reste. En une semaine, j’avais terminé Beauté fatale et je ressortais de cette lecture avec un goût amer. Amer, non pas à cause du contenu du livre qui est excellent – non, amer à cause de la prise de conscience qu’il a opéré en moi.

Un esprit absent dans un corps-objet : l’idéal féminin contemporain s’assimile au fameux couteau sans lame dont on aurait ôté le manche. Journaliste pigiste dans la presse pour adolescentes, Stéphane Rose cite la confidence que lui a faite un jour une jeune fille de seize ans : « Moi mon but quand je me looke, c’est de faire du buzz avec mon corps. » Or, fait-il remarquer, « le buzz a remplacé le bouche à oreille en le vidant de sa substance. Ce qui était important, dans le bouche à oreille, c’était le fond du message […]. Dans le buzz, ce qui compte, c’est le buzz en lui-même indépendamment de ce qui l’a généré : le nombre de pages vues, le nombre de commentaires, le nombre d’amis Facebook, le nombre de votes sur Dailymotion…»

Certains mécanismes que je n’avais jusqu’alors jamais questionnés m’apparaissaient enfin clairement comme des manipulations sexistes. Depuis, je regarde mon quotidien avec un regard nouveau et je me sens plus armée pour résister aux modèles féminins que la société cherche à imposer. ll nous faudra probablement beaucoup de temps pour réussir à déconstruire les stéréotypes dont nous sommes bercés – si tant est même que l’on puisse un jour en venir à bout. Mais être informé(e)s et lucides, c’est déjà remporter la première bataille de ce long combat.

La presse féminine en tant que telle n’est pas un genre bon à jeter à la poubelle ; du moins, elle ne le sera pas aussi longtemps que la presse dite généraliste restera une presse largement masculine, tant dans sa hiérarchie que dans son fonctionnement, ses réflexes et ses sujets de prédilection. Une enquête réalisée en 1999 par l’Association des femmes journalistes (AFJ) avait établi que, dans les médias, pour une moyenne de cinq ou six hommes cités, on ne recensait qu’une seule femme ; une femme sur trois y était évoquée de façon anonyme, contre un homme sur sept. On comprend donc que les lectrices se tournent vers la presse féminine, où, au moins, les femmes existent, même si on donne d’elles une image problématique. Elles y trouvent un écho à ce qu’elles vivent, à leurs préoccupations, que la presse généraliste méprise. « Les femmes, mine de rien, vivent des situations extrêmes, disait Sylvie Debras, l’une des auteures de l’enquête, au moment de sa parution. Qui a fait l’expérience d’une grossesse et d’un accouchement sait que ce n’est pas rien ! On se retrouve à la sortie de la maternité totalement vide, triste sans savoir pourquoi. Avant, il y avait un relais : la mère, la tante, la cousine… Là, on se retrouve soudain entre quatre murs avec un enfant qui pleure, papa qui rentre à 19 heures et n’a pas forcément conscience que le désarroi de sa femme est normal. Cette situation n’existe pas dans la presse quotidienne : on n’a rien à en dire. Il faut lire Parents pour se rassurer ! Il faudrait que la presse généraliste arrête avec ses “sujets nobles” et qu’elle accepte le fait que la vie de tous les jours, c’est noble aussi d’en parler. Pourquoi ne pas faire intervenir des scientifiques qui travaillent sur le post-partum, par exemple ? Après tout, on fait bien des unes sur le Viagra ! »

 

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Source de l’image : ici

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