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Qui est Vernon Subutex ? Voici la question soulevée dès la quatrième de couverture. Mais pourtant, une autre la remplace rapidement. Qui est Virginie Despentes, l’auteure de cet ouvrage ?

Cette femme aux multiples vies semble extrêmement lucide sur notre société. D’une plume provocatrice, elle nous parle aussi bien de féminisme, de musique que de politique. De Baise-moi à King Kong Théorie, on retrouve son style rock et tranchant si caractéristique. Cela ne l’empêche pas de savoir faire preuve de beaucoup d’empathie pour ses personnages. Un thème récurrent de ses ouvrages et qui m’est cher, c’est la domination. La domination masculine, la domination du capital, du libéralisme. Les forts contre les faibles. Les puissants contre les autres.

Avec Vernon Subutex, l’auteure nous livre une photographie de notre société contemporaine certes désenchantée, mais qui n’en est pas moins poignante. C’est un roman sur nos fragilités, sur les gens qui changent avec les années, sur l’individualisme de notre monde moderne. Ce livre peut parfois sembler emprunt de nostalgie pour l’époque des années 80 et du rock où tout était plus simple pour les personnages, notamment pour Vernon qui avait encore son magasin de disques et un toit. Puis, l’industrie de la musique s’est transformée, le monde a changé, les gens sont devenus plus égoïstes peut-être. Et après avoir été radié du RSA, Vernon s’est retrouvé à la rue.

Commence alors une série de portraits contemporains lorsqu’il passe d’un canapé à un autre chez ses vieilles connaissances. Le côté catalogue est parfois un peu lassant mais l’authenticité des descriptions contrebalance cet écueil. On se reconnaît tous un peu dans l’un des portraits – qu’on le veuille ou non – et personne n’est épargné.

Saviez-vous que Vernon Subutex était le pseudo utilisé par Virginie Despentes lorsqu’elle s’est créé un compte Facebook ? C’est peut-être à travers les yeux de cette société numérisée et individualiste que lui est venue l’idée de cette trilogie. Même s’il m’est arrivé de m’ennuyer un peu parfois, la lecture a été facile et souvent agréable. J’ai aimé me promener aux côtés de Vernon dans les rues du 19ème arrondissement. Peut-être avec d’autant plus de plaisir qu’il s’agit de mon quartier, que je pouvais souvent reconnaître tel ou tel coin de rue, monument ou troquet.

Mais ce sont surtout les dernières pages qui m’ont marquée. Le final est en effet grandiose et haletant. On prend peu à peu du recul sur Paris, les visages de ses habitants défilent. Tout s’accélère. Alors que la capitale se fait de plus en plus petite sous nos yeux, on quitte ce roman avec l’envie d’en savoir plus. Sur Vernon, mais surtout sur nous-mêmes et notre société contemporaine.

 

Je suis la pute arrogante et écorchée vive, je suis l’adolescent solidaire dans son fauteuil roulant, je suis la jeune femme qui dîne avec son père qu’elle adore et qui est si fier d’elle, je suis le clandestin qui a passé les barbelés de Melilla je remonte les Champs-Elysées et je sais que cette ville va me donner ce que je suis venu chercher, je suis la vache à l’abattoir, je suis l’infirmière rendue sourde aux cris des malades à force d’impuissance, je suis le sans-papier qui prend dix euros de crack chaque soir pour faire le ménage au black dans un restau à Château Rouge, je suis le chômeur longue durée qui vient de retrouver un emploi, je suis le passeur de drogue qui se pisse de trouille dix mètres avant la douane, je suis la pute de soixante-cinq ans enchantée de voir débarquer son plus vieil habitué. Je suis l’arbre aux branches nues malmenées par la pluie, l’enfant qui hurle dans sa poussette, la chienne qui tire sur sa laisse, la surveillante de prison jalouse de l’insouciance des détenues, je suis un nuage noir, une fontaine, le fiancé quitté qui fait défiler les photos de sa vie d’avant, je suis un clodo sur un banc perché sur une butte, à Paris.

 

 

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2 réflexions sur “Vernon Subutex (Tome 1) de Virginie Despentes

  1. Quant à moi, je n’ai pas réussi à rentrer dans la trilogie. Je ne sais pas pourquoi, sans doute parce que Vernon m’a semblé n’avoir aucune espérance, et que cela m’a pris beaucoup d’énergie de suivre ce personnage errant. Bon, je sais que c’est un succès de librairie, mais là, je n’ai pas pu faire l’effort de lire jusqu’au bout. Ceci dit, l’extrait que vous publiez est beau : j’aurais peut-être dû aller jusque là..

  2. Oui ce passage là est vraiment beau, il est juste à la fin. Les dernières pages sont incroyables. Après comme je le disais, je me suis ennuyée parfois, et je pense que je suis surtout allée au bout car l’histoire se passe dans mon quartier actuel et que j’étais heureuse de le voir vivre dans un ouvrage (Virginie Despentes habitant à quelques mètres de chez moi). Je ne sais pas si je débuterai le tome 2, trop d’autres livres me tentent auparavant en tout cas.. Je vous souhaite un bon weekend 🙂

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